Les mutations des politiques publiques, notamment en matière de virage inclusif, nous amènent à réinterroger nos pratiques et nos façons de les penser. Ces mutations amènent plusieurs évolutions majeures que nous soutenons.

La première d’entre elles est la volonté d’associer les personnes aux décisions qui les concernent à travers deux logiques. Ne soyons pas dupes, la première logique est celle des théories de l’activation qui consistent à anticiper la survenue d’un risque de dépendance. Elles amènent un recours à la contractualisation accrue et à la logique de contreparties que nous ne soutenons pas.

La seconde nous intéresse plus. C’est celle de considérer chaque personne comme citoyen à part entière. Ainsi, nous quittons cette logique d’être acteur de son parcours au profit de celle d’être décideur de son projet de vie. Et de cela, nous nous réjouissons.
L’autre mutation qui nous intéresse est la volonté que la société inclusive passe des paroles aux actes. Notre association a été porteuse de cette idée depuis le début et se réjouit que le politique se soit emparé de cette question.
D’abord parce que la société inclusive traduit clairement un
double refus.

D’une part, le refus d’une société et de structures dont les seules personnes non-handicapées se penseraient propriétaires, pour en faire leurs prévilèges ou leurs plaisirs exclusifs […]
D’autre part, le refus de la mise à l’écart dans des ailleurs improbables de ceux que l’on juge gênants, étrangers, incompatibles

Charles GARDOU

Catalina Devandas-Aguilar, rapporteuse pour l’ONU, saluait, en mars 2019, les avancées faites en France mais faisait également part de ses vives inquiétudes, assurant que la politique en matière de handicap de la France était ségrégationniste. Nous partageons ce regard et l’ITEP s’est inscrit dans le mouvement de la désinstitutionalisation depuis 2005.

Dès lors, ces mutations amènent à repenser la place des personnes accompagnées à travers 3 prismes que sont l’individuel, le collectif et le politique.

A l’échelle individuelle, l’équipe interdisciplinaire de l’ITEP a travaillé (et poursuit son évolution) pour associer pleinement les personnes accompagnées et leurs familles aux  décisions qui les concernent.

A l’échelle collective, nos instances de démocratie interne sont en panne. Panne de candidats représentants et procès-verbaux de carence réguliers, doivent nous inviter à repenser cette association des personnes dans notre gouvernance. Nous ne nous sommes d’ailleurs peu intéressés à cette question. Nous devrons axer une partie de notre plan de développement à faire de la gouvernance une question démocratique.

A l’échelle politique, nous œuvrons pour faire advenir la société inclusive. Dans un moment où les replis identitaires sont forts, où la tentation de blâmer les jeunes qui présentent des troubles du comportement est forte, nous devons amplifier ce mouvement de transformation de la société, condition sine qua none des ambitions individuelles.

Pour l’ITEP, ces mutations ont été concomitantes avec la promulgation de la loi de modernisation de santé, en 2016, venant généraliser le dispositif. Elle a été suivie par la parution du décret de 2017 venant expliciter le fonctionnement. La réforme des autorisations est arrivée quelques mois plus tard et nous a permis de bénéficier du premier agrément Dispositif ITEP Normand par le regroupement du SESSAD de l’Oison et  de l’ITEP L’Eclaircie.

Ajoutons dans ces mouvements la création de l’antenne de Dieppe par redéploiement des moyens de l’IME de Rieux.

Ecrire un projet dans ce contexte est un exercice particulièrement périlleux tant le risque de voir ce projet obsolète dès sa sortie est grand. La loi « école de la confiance » est en discussion et les plateformes territoriales indéfinies.

Périlleux également, parce qu’analyser, en un seul document, un territoire de 3100km², où vivent plus de 115 personnes accompagnées différentes (dont certaines sont éloignées les unes des autres de plus de 130 km), n’est pas possible. Ces territoires et ces bassins de vie nécessitent un regard au plus près des personnes accompagnées.

Pour ces raisons, nous avons compris qu’il n’était plus question d’amener l’ITEP Eclaircie d’un point A à un point B. Nous avons compris qu’il ne servait à rien de penser qu’une fois que nous aurions changé, tout serait plus beau. Nous avons compris que nous devions construire un ITEP agile, capable de s’adapter à son environnement aussi souvent que nécessaire.

Ce que nous avons compris, c’est que l’ITEP devait devenir une organisation apprenante. Apprenante de ses erreurs pour ne pas les reproduire et de ses succès pour les généraliser. Apprenante des personnes accompagnées et des personnes qui les accompagnent pour rester toujours en phase avec la réalité. Apprenante et créatrice pour pousser l’innovation sociale à une seule limite : l’intérêt des personnes que nous accompagnons.

Ce projet est alors un projet de Dispositif ITEP. Il vient préciser ce qu’est l’ITEP L’Eclaircie, dans ses valeurs et sa démarche d’évaluation continue.

Il affirme sa conception du parcours des personnes accompagnées et ses principes d’accompagnement.

Il vient définir les prestations qu’il a à offrir et les modalités d’accompagnement qui sont les siennes.

Il est un point de référence des pratiques individuelles et collectives.

Il vient organiser la  répartition  des  ressources.  Il  contient  les prémices de son évolution et les indicateurs de notre évaluation. Il sera alors traduit en projets territoriaux.

Il devra vivre parce qu’il est le fruit de plus de deux années de travail d’équipes interdisciplinaires au service d’une société plus juste et plus respectueuse de chacun.

Lire dans de chapitre

Deux grands territoires

Caractéristiques du public accueilli

Les PEP 76

Histoire de l’Eclaircie

L’antenne de Dieppe

L’antenne de St Sever-Elbeuf

L’antenne de Barentin

L’antenne de Rouen Descroizilles

Introduction

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